Ma vie est
un jeu vidéo




J’adore jouer à Catan.

C’est un jeu de société où on doit coloniser des terres en accumulant des ressources.

Il y a quelques jours, j’ai découvert qu’il existe une version qu’on peut télécharger sur le cellulaire.

Et c’est là que ma vie a pris un tournant majeur.

J’ai arrêté de me laver.

Je me nourris au dépanneur.

Je prends le métro plutôt que le vélo pour pouvoir jouer.

J’ai arrêté de me raser.

Mes amis ne me reconnaissent plus tellement que ma barbe et mes cheveux sont rendus longs.

Bon, j’exagère un peu.

J’ai continué à vivre, quand même.

En fait, tout ce que je viens de décrire est à peine vrai.

Mais j’adore jouer à ce jeu.

Et ça m’amène à me demander…

Pourquoi?

Pourquoi j’aime jouer à ce jeu?

Parce que, en terme de productivité, on s’entend pour dire que ça ne sert absolument à rien!

Que ce soit le jeu de société en carton ou la version sur le cellulaire, les deux ne servent à rien.

Il n’y a rien de productif qui est accompli en jouant à ce jeu.

Même chose pour n’importe quel jeu en fait.

Et même chose pour les sports!

Qu’on soit observateur ou joueur, pratiquer un sport ne produit pas de résultat concret.

On s’impose des règles pour marquer des buts, on dépense de l’énergie, on s’amuse… mais on n’accomplit rien.

En terme de productivité, c’est zéro!

On pourrait même dire que la productivité est négative parce qu’on dépense du temps et de l’énergie à ne rien produire.

 

Récemment, avec mes expérimentations avec les psychotropes, c’est toute ma vision de la vie qui est en train de changer.

Je me demande: À quoi ça sert la vie?

Qu’est-ce que je tente d’accomplir?

Et si tout ça ne servait à rien?

Si tout ça n’était qu’un jeu.

Et si j’étais dans une grande simulation qui n’a aucun autre objectif que de s’amuser?

Comme un jeu vidéo.

Est-ce que je suis en train de jouer au jeu que j’ai envie de jouer?

Est-ce que je prends plaisir au processus?

Un de mes plus grands défis à accepter lorsque j’ai découvert que j’étais gai, c’est que je ne pourrais pas avoir d’enfant.

Pas aussi facilement que les hétérosexuels en tout cas.

Pourtant, j’ai tellement longtemps voulu en avoir!

Il faut dire que je suis moi-même un grand enfant.

On parle souvent du concept de l’enfant intérieur.

Eh bien, j’ai un ami qui dit que je n’ai pas un enfant à l’intérieur de moi… j’ai toute une garderie!

Je connecte tellement facilement avec les enfants.

Une fois ou deux par mois, je vais garder le garçon d’un couple d’amis.

Et je me rends compte à chaque fois à quel point ça me fait du bien.

Je retrouve ma folie.

Je dépense dans des trucs spontanés.

Je prends des décisions qui sont moins rationnelles.

Pour moi, c’est ça la vie!

C’est de jouer.
 

D’ailleurs, à quel âge on arrête de jouer?

Les enfants le font naturellement.

C’est leur façon de découvrir le monde.

Et si c’était une erreur que d’arrêter de jouer?

Et si le monde était constamment à découvrir?

Bien sûr, avec le passage à la vie adulte, viennent les responsabilités.

C’est facile d’arrêter de jouer.

Surtout quand on réalise qu’il faut gagner de l’argent pour vivre.

Mais si c’était possible de garder son insouciance d’enfant tout en continuant de payer les factures?

Est-ce que ton travail pourrait devenir un jeu?

Comment tu pourrais prendre plaisir à travailler tout en gardant le même emploi?

Un de mes emplois préféré a été de travailler dans un centre d’appel.

Pourtant, ce genre d’emploi est généralement considéré comme assez drabe.

Mais j’avais des collègues avec qui je riais constamment.

Et les jours où j’étais malade et que je ne pouvais pas aller au bureau, j’étais triste et j’avais hâte de recommencer à travailler!

C’est quand même assez exceptionnel de souhaiter travailler à ce point-là!

… dans un centre d’appel!
 

Je me souviens aussi de la fois où j’ai démarré une guerre de brocheuses!!

Je me cachais derrière les paravents et je faisais semblant que ma brocheuse était une arme.

Mes collègues me trouvaient bizarres.

Mais on avait tellement de plaisir.

Je pense même qu’ils enviaient secrètement ma folie.

On était une centaine d’employés dans ce centre d’appel et j’ai été élu le plus apprécié.

Pourquoi?

Parce que les gens avaient du plaisir à travailler avec moi.

Ce n’est pas l’environnement de travail qui était stimulant.

C’est moi qui rendait mon environnement de travail stimulant.

Alors, est-ce que tu as envie de jouer aujourd’hui?

Qu’est-ce que tu vas faire pour rendre ta vie excitante?

Comment tu vas transformer ta routine pour réapprendre à t’émerveiller?
 

Il faut voir la vie avec les yeux de la nouveauté.

Comme les enfants!

Quand je travaillais en Écosse, j’avais 45 minutes de train pour me rendre au bureau.

Je passais devant les collines verdoyantes avec les moutons qui broutaient.

Je passais devant un lac avec une île au centre et un château dessus.

C’était absolument MA-GNI-FI-QUE!!!

… les premiers mois.

Après quelques mois, c’est devenu banal.

Mais, un jour, un ami qui me rendait visite a pris le train avec moi.

Et il avait le nez collé dans la fenêtre du train à admirer le paysage.

Il m’a permis de recommencer à m’émerveiller devant ce décor fantastique que je voyais à tous les jours.

Alors fais la même chose!

Laisse un enfant te montrer à t’émerveiller.

Amène un ami qui va te permettre de voir avec les yeux de la nouveauté!

Et continue à t’amuser!

Je suis pas mal certain que c’est pour ça qu’on est venu sur Terre.
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